P17. La justice populaire: droit à la colère, justice du faible ou retour de la démocratie directe?

Congrès de la Société québécoise de science politique 2019

P17. La justice populaire: droit à la colère, justice du faible ou retour de la démocratie directe?

Responsable: Guy Beaudry Jengu Jengu, Université Yaoundé II – Soa (jeanguguy@gmail.com)

23 mai 2019 de 16h00-17h30 @ C-1017-13

Descriptif du panel :

Les réactions liées à l’affaire Weinstein[1] notamment les hashtags « Metoo » dans le monde anglophone et « balancetonporc » possèdent toutes les caractéristiques d’un mouvement de justice populaire : la flagrance du délit, le contournement partiel ou total des voies et procédures légales instituées, la participation spontanée d’un groupe d’individus et l’usage de la violence avec pour effet immédiat la déchéance sociale des personnes visées. Des groupes de soutien se sont constitués autour de hashtags pour finir dans des marches dans la rue, passant ainsi du virtuel au réel[2]. La justice populaire comme mécanisme alternatif d’accès au droit et à la justice par un groupe d’individus outrés par une injustice criarde est donc présente aussi bien dans les sociétés du Nord que dans celles du Sud. Les manifestations et surtout les causes de la justice populaire sont-elles similaires et comparables au Nord et au Sud ? Il existe une sorte de consensus tacite consistant à croire que le contrat social confiant l’exclusivité du droit de rendre justice à l’État devient caduque sitôt que l’Etat se montre incapable de mettre un terme à certaines injustices. Le devoir de se rendre justice soi-même semble émerger dans les secteurs où l’Etat est absent. L’absence d’Etat est rendu tangible par l’absence ou la très faible présence d’infrastructures de base (transports publics, hôtel de police, palais de justice, connexion internet…). La justice populaire n’est donc pas seulement une réaction à un défaut d’égalité dans l’accès à la justice, elle est aussi une conséquence du défaut d’égalité dans l’accès à l’État. En Afrique surtout, la masculinisation des fonctions judiciaires c’est-à-dire l’occupation des postes liés à l’exercice de la justice par des hommes ne pose-t-elle pas problème dans des sociétés où les femmes sont les plus nombreuses ? Une monographie sur la genèse sociale du droit en situation protestataire peut permettre de rendre compte de cette parturition par césarienne de nouvelles lois. Un regard nouveau peut également être porté sur la crise de la représentation et la résurrection de la démocratie directe qui semble s’en suivre. S’agit-il du rejet de la greffe étatique qui tarde à prendre hors d’Occident ? La rémanence des formes d’organisation sociale antérieures à l’État de semble causer une contestation de l’État postcolonial son monopole de la violence symbolique légitime en proposant des droits alternatifs. Les diverses contributions des sciences sociales mettraient en saillance les principales facettes du couple égalité/illégalité dans une situation précise.

[1] Le 05 octobre 2017, le New York Times publie un article faisant état d’un harcèlement sexuel perpétré sur plus de trois décennies par Harvey Weinstein, producteur de cinéma de renom et cofondateur de l’une des plus grandes sociétés américaines de production et de distribution de films.

[2] Le 29 octobre 2017, plus de 2000 personnes ont défilé à Paris. A Montréal, une ligne téléphonique a été ouverte par la police.