A11. Production et circulation des normes de la violence: une tentative d’exploration d’une entreprise asymétrique

Congrès de la Société québécoise de science politique 2019

A11. Production et circulation des normes de la violence: une tentative d’exploration d’une entreprise asymétrique

Responsables : Delphine Griveaud, Fonds national pour la recherche scientifique et Université catholique de Louvain (delphinegriveaud@gmail.com) et Sylvain Antichan, Université Lumière Lyon 2, Triangle (sylvain.antichan@yahoo.fr)

24 mai 2019 de 9h30-17h15 @ C-5143

Description de l’atelier : 

Cet atelier se propose de penser, à nouveau frais, la question de la production des normes autour de la violence. Pour ce faire, il cherche principalement à explorer les tensions entre la norme dans son acception juridique et la norme dans son acception durkheimienne. Dans la première, la norme renvoie à une réglementation ou une bonne pratique, produites par des politiciens, des experts, des juristes, dans des arènes politiques nationale ou internationale. Dans la seconde, elle renvoie à des façons de faire, penser et d’agir socialement structurées. Existe un décalage fondamental entre des normes juridiques homogènes, dites universelles et des normes sociales plurielles, éclatées entre différents pays et en leur sein. Dans quels milieux et comment sont produites ces normes juridiques ? Que font les sociétés, qu’elles soient dites en sortie de conflit ou démocratiques, de ces normes ?

 

Une première scène d’investigation réside dans les politiques dites de sortie de conflit. Celles-ci sont dessinées par un milieu restreint de pacificateurs, issus et formés dans les pays du Nord, qui définissent des standards internationaux, repris d’un pays à un autre. Ce faisant, ils contribuent à catégoriser ce qui relève ou non de la violence, excluant certaines pratiques de ce périmètre, façonnant ou légitimant des inégalités et surimposant leurs critères aux normes des sociétés locales.

 

De tels décalages ne sont pas propres aux seuls standards internationaux mais traversent aussi les situations nationales. C’est par exemple le cas des normes antiterroristes en France. Les rapports parlementaires reconnaissent qu’une part significative des perquisitions administratives autorisées par l’état d’urgence ont concerné « des personnes d’inégale dangerosité ». Ainsi, les normes se diffusent à travers des appropriations multiples y compris détournées, parfois (quasi) reconnues officiellement sans qu’elles en soient délégitimées. Dans le droit français, il existe près de 200 qualificatifs de condamnation mais la plupart d’entre eux ne sont jamais mobilisés (80 de ces qualificatifs représentent 80% des jugements). A quoi servent ces normes si elles ne sont pas appliquées voire inapplicables ?

 

Ces exemples ne visent qu’à suggérer les problèmes de recherche qu’entend traiter cet atelier. L’idée de circulation des normes ne va pas de soi tant elle traverse des espaces sociaux hétérogènes et passe entre les mains d’acteurs aux logiques sociales différentes et qui, parfois, ne se rencontrent jamais. Les normes émergent, circulent, s’imposent et se transforment ; on y résiste, aussi, à grand bruits ou en silence. Dès lors, l’investigation peut se donner pour objet les décalages entre ces normes juridiques et les normes « ordinaires » locales mais également les conditions de la diffusion et de la (dé)légitimation de standards internationaux et règles de droit. A notre sens, la réponse à ces questions passe par une sociologie fine, à l’interstice des trois champs : l’étude des entrepreneurs de ces normes ; l’appréhension au concret de la production et des mises en œuvre différenciées de ces dernières ; une ethnographie des normes « ordinaires ». Cet atelier entend regrouper des propositions allant dans ce sens, toujours basées sur des enquêtes empiriques rigoureuses.