A08. (In)égalités de reconnaissance(s): l’intégration de la diversité dans les sociétés libérales contemporaines

Congrès de la Société québécoise de science politique 2019

A08. (In)égalités de reconnaissance(s): l’intégration de la diversité dans les sociétés libérales contemporaines

Responsables : Thierry Dominici, Université de Bordeaux (dominici.thierry2@wanadoo.fr), Jean-Olivier Roy, Université Laval (jean-olivier.roy.1@ulaval.ca) et David Bertrand, Université de Bordeaux (david.bertrand@u-bordeaux.fr)

22 au 24 mai 2019 à partir de 9h30 @ C-1017-11

Description de l’atelier:

Pour Charles Taylor, « La reconnaissance n’est pas simplement une politesse que l’on fait aux gens : c’est un besoin humain vital », une nécessité qui prend une importance particulière pour les groupes et les peuples historiquement inscrits dans un rapport de domination. Les théories de la reconnaissance ont ainsi renouvelé l’intérêt pour la dimension morale et symbolique de la lutte politique naîtrait du « non-respect d’attentes de reconnaissance profondément enracinées ». Pour Axel Honneth, la lutte pour la reconnaissance, moteur du progrès politique des sociétés, se réalise dans trois sphères : affective, juridique et culturelle. Or, si la reconnaissance culturelle passe par l’appréciation des qualités individuelles en société, l’identité reste un phénomène intersubjectif. L’éclosion, dans les sociétés contemporaines, de mobilisations pour la reconnaissance culturelle, visant à une égale estime symbolique des diverses identités – individuelles comme collectives – a donné jour à de nombreuses réflexions, s’opérant par le biais du multiculturalisme mais aussi autour de l’émergence de la politique dite de l’identité. Ce phénomène est à l’origine de questionnements sur le droit et sa neutralité d’un point de vue culturel et souligne que le politique est le produit d’un ordre social inégalitaire qui lui préexiste. Ce phénomène imprègne toujours les réflexions sur la (re)conciliation entre démocratie et diversité. C’est-à-dire, la (re)conciliation entre la lutte pour la reconnaissance et l’égalité, entre le droit de l’État et les systèmes coutumiers, et enfin entre l’identité et l’altérité. Ces demandes de reconnaissance continuent de s’articuler autour des problématiques mises au jour par les trois premiers pôles de revendication identifiés par James Tully qui sont: les peuples autochtones, les mouvements nationalistes, et les mobilisations féministes.

De fait, si la reconnaissance culturelle précède le droit de l’État, ce dernier se limite-t-il aujourd’hui à entériner a posteriori une reconnaissance acquise par d’autres moyens ? Au regard du constitutionnalisme, comment ces demandes se traduisent-elles dans l’appareil juridique ? La démarche de la reconnaissance n’implique-t-elle pas elle-même un rapport de domination, entre l’autorité reconnaissante et l’entité reconnue ? Existe-t-il des possibilités d’un réaménagement des systèmes juridiques propice à la conciliation des diversités au sein des démocraties? Enfin, existe-t-il des points d’achoppement ouvrant la voie à des liens entre les différentes luttes pour la reconnaissance ?

L’objectif scientifique est de proposer une lecture, à la fois interdisciplinaire et comparée, de la manière dont ces revendications interrogent l’ordre juridique des sociétés pluralistes et sont traitées en leur sein. Le propos nodal de cet atelier sera d’aborder les différents processus de conciliation entre les régimes pluralistes et leurs diversités (culturelle, nationale et de genre).